Journal de Bord - NEPAL : du 8 au 26 mars

L'Himalaya nous faisait rêver, un safari à dos d'éléphants dans la jungle, à la recherche des rhinos à cornes aussi! Mais nous avons dû renoncer en partie à nos projets ...


Nous sommes arrivés au Népal après une journée de 11 heures de voyage dans un bus pourri, privé de suspensions, sur des routes très défoncées entre Varanasi et Sonauli (frontière indonépalaise).
Il faisait nuit quand nous avons fait les formalités d'émigration et d'immigration et obtenu nos visas. Pas de problèmes pour ça, c'est rapide et sans surprise. Sonauli est une petite ville frontalière très laide et assez sordide oú nous avons dû passer la nuit. Une nuit dans la plus minable des guesthouses qu'on puisse imaginer: des chambres dortoirs qui puent, aux murs mangés de crasse , avec des lits de bois (planches) couverts de paillasses super inconfortables et des draps plus que douteux...Mais pas d'autre choix que celui d'y dormir! A Sonauli, il y a peu d'hôtels, tous se valent et tous étaient complets... Alors, emmitouflés dans nos sacs à viande, la tête posée sur nos taies d'oreillers qui sentaient encore bon notre maison, nous nous sommes écroulés et avons dormi malgré tout.


Nous pensions rejoindre le Teraï et le parc national du Chitwan pour commencer notre périple népalais par un safari à dos d'éléphants, mais, le lendemain matin, nous apprenons qu'il n'y a pas de bus pour aller à Chitwan! Les maoistes bloquent les routes, imposent des grèves dans les transports et font sauter des bus! Il paraitrait même que le bus que nous attendions ait été lui même plastiqué... On ne parle pas de morts, mais de dégâts matériels... Voilà qui nous rassure et nous met en condition! Nous décidons donc de prendre un taxi avec chauffeur et de nous faire conduire à Pokhara, où l'on nous assure qu' il n'y a pas de problèmes et que les routes pour y aller sont sûres...

 

# POKHARA :

Nous empruntons une magnifique route de montagne. Le contraste avec l'Inde est saisissant. Nous voici de retour dans les grands espaces. Plus de pollution, plus d'amas de détritus. Nous sommes en pleine nature, loin des villes sales et anarchiques. Les villages sont propres, tranquilles et ... il n'y a presque personne! Au loin on voit déjà se profiler les cîmes enneigées de l'Himalaya et nous faisons un arrêt au bord d'une somptueuses rivière turquoise. Cette différence de paysages et d'ambiance en si peu de kilomètres est très surprenante. Nous arrivons à Pokhara en début d'après-midi. Le voyage a été tranquille. Quelques check points le long de la route, les militaires fouillent la population mais laissent passer les touristes sans souci. A Pokhara, nous sommes au pied du massif des Annapurnas, au bord d'un lac paisible. L'atmosphère y est détendue. Nous logeons dans le quartier de Lakeside où se concentrent tout un tas de restaus et d'hôtels agréables. On retrouve aussi des "supermarchés" (grosses épiceries bien achalandées) que l'on dévalise: les enfants se ruent sur les bonbons et les friandises avec délectation! Tout nous semble beaucoup plus touristique qu'en Inde: Pokhara est le fief de treckeurs et nous y reprenons des forces! Malheureusement le temps reste très, très brumeux, orageux en fin de journée. Nous faisons des balades à vélo dans les environs et notre première randonnée à pied qui nous conduit au "World peace Temple", un temple boudhiste surplombant le lac Phewa. Premières rencontres avec la population montagnarde et les villages népalais. Comme en Inde, les gens sont souriants, nous accueillent avec de sympathiques "namaste", posent pour la photo et sont ravis de se voir sur le petit écran. Ici, les femmes portent des paréos de style asiatique et des chemises de coton nouées sur le coté, les hommes ont presque tous des petits chapeaux aux motifs de jacquards. Leurs yeux sont bridés, la Chine est proche...

 

Chaque matin nous nous réveillons à l'aube pour tenter de voir les pics enneigés des Annapurnas. Mais la chaine Himalayenne refuse de se dévoiler, noyée dans la brume ou le brouillard matinal. L'horizon tant rêvé reste bouché!
Un après-midi, nous louons des barques pour une balade bucolique sur le lac, et atteignons la petite île sacrée où est érigé un temple hindouiste. En quelques minutes, le temps se couvre, l'orage gronde accompagné d'une grosse averse et de rafales de vent...Les vagues se forment sur le lac et les barques amarrées sur la rive prennent l'eau!

Nous voici obligés d'écoper avec des seaux de fortune et les rames pour repartir! Les jours suivants le temps reste instable, de belles éclaircies, mais toujours énormément de brume. Nous sommes très déçus, être sur le toit du monde et ne pas pouvoir en ressentir toute la démesure! Nous essayons d'organiser à nouveau notre virée dans le Chitwan, mais les routes sont toujours bloquées, des bus ont encore sauté... Les déplacements dans le pays sont limités. Seule la liaison Pokhara-Katmandou est possible! Méteo instable, horizon voilé, insécurité des routes ont alors raison de nos projets et après quelques jours à Pokhara, où nous avons bien aprecie de respirer le grand air, nous filons sur Katmandou.

 


# KATMANDOU ET LES TEMPLES TIBETAINS:

Le matin de notre départ, aux aurores, le massif des Annapuras se dévoile enfin! Nous pouvons alors contempler quelques minutes les cîmes enneigées, orangées et dorées dans la lumière du soleil levant. Sublimes! Si proches et si lointaines à la fois. Mais très vite, le brouillard retombe et la grisaille envahit à nouveau le ciel. Nous avons un peu l'impression de les avoir rêvées...
Cette fois, nous voyageons en car spécial touristes, super confortable! Cela évite les fouilles aux check points, toujours très nombreuses, et les attentes aux entrées des villages, filtrés par l'armée.Une hôtesse accompagne les voyageurs, les fauteuils sont moelleux, les arrêts fréquents, les repas compris, un vrai plaisir... C'est assez impressionnant de voir tous ces militaires armés et en même temps pas vraimet inquiétant. A vrai dire, on ne sait pas trop quoi penser.


Nous sommes surpris par le climat qui règne au Népal. Les gens sont assez discrets sur ce qu'il se passe, beaucoup semblent indifférents, certains semblent las, ces conflits ne sont pas récents. Le gouvernement (royaliste) s'oppose depuis longtemps aux rebelles maoistes. Le pays semble à bout de souffle, les actes terroristes se répètent et se multiplient. On compte pas mal de morts des deux cotés depuis le début de ces affrontement et la population civile, impuissante, en majorité rurale et isolée, semble subir les événements...
La route de montagne pour aller jusqu'à la capitale est toujours aussi belle. Nous longeons un bon moment une rivière magnifique, très large et encaissée , régulièrement traversée par des ponts de singe. Les villages alternent des maisons traditionnelles assez hautes, à plusieurs étages habillées de balcons de bois et de toutes petites fenêtres, souvent peintes de couleurs vives, avec des habitations qui ressemblent à de petits immeubles en briques dans lesquels vivent plusieurs familles. Les femmes se retrouvent autour des points d'eau communautaires: lieux de rendez-vous pour l'approvisionnement ou la toilette. Le Népal est un des pays les plus pauvres du monde. Certes moins peuplé que sa voisine indienne, mais tout aussi démuni...


A Katmandou nous nous installons pour quelques jours dans le quartier très touristique de Thamel, proche du centre historique. La ville est super polluée, la poussière envahissante, mais ici, beaucoup moins de vehicules qu'en Inde. Les auto-rickshaws ont pratiquement disparu. On retrouve une ambiance citadine de ville déjà très asiatique, avec les marchands ambulants qui portent les charges sur leurs épaules, suspendues à une corde. Durbar Square est la vieille ville de Katmandou, très dépaysante et vraiment superbe. Elle rassemble une quantité de temples boudhistes et hindouistes, super beaux, étagés sur plusieurs niveaux et très fréquentés, ainsi qu'une foule d'édifices datant du Moyen-Age. En se promenant dans les ruelles étroites (et en pleine reconstruction...), on longe de fabuleuses maisons aux boiseries incroyablement sculptées, de vieux murs en briques plusieurs fois centenaires. On débouche sur des places et des cours insoupconnées, oú d'autres petits temples occupent la place centrale. Dans ces vieux quartiers de Katmandou, on se sent à une autre époque. L'ambiance évoque déjà la Chine avec tous ces monuments anciens aux allures de pagodes et ses minuscules boutiques établies au rez-de chaussée des maisons.Tout près de la capitale, Patna est un peu la petite soeur de Katmandou et nous avons bien aimé nous y perdre aussi.

 

Les environs de la capitale regorgent de sites intéressants. Nous avons visité notre premier temple et notre premier monastère tibétain en nous rendant au Swayambunath Temple qui s'élève au-dessus d'un monumental escalier. Au sommet, un stupa (temple boudhiste) blanc et ocre, surmonté d'une tour où sont peints les yeux de Boudha, domine la capitale. Où que l'on soit, ce regard nous suit, magnifique et paisible. "Si la bouche est absente, c'est que Boudha, qui voit tout et sait tout, ne parle jamais...". Les moulins à prières qui entourent le stupa raisonnent, actionnés par les fidèles qui prient en contournant toujours le temple par la gauche. Les prières s'envolent, les petites cloches partout présentes sonnent, tandis que dans le ciel, au-dessus du temple, des dizaines de mantras flottent au vent. Nous voici plongés dans une atmosphère religieuse à la fois différente de celle des temples indiens, et en même temps très proche, puisque l'on retrouve ici, près de Boudha, tout le panthéon des divinités hindouistes. Les fidèles y font les mêmes offrandes de fleurs et d'encens, y brûlent les mêmes flammes dans les innombrables petites lampes à huile.


Tous ces rituels continuent de nous captiver. Au monastère tibétain, nous assistons à la cérémonie des prières. Les moines habillés de pourpre récitent d'une voix monocorde les prières, puis jouent de la musique en soufflant dans d'immenses trompes ou des conques. Les lieux sont apaisants, le sol en parquet, les murs ornés de dizaines de tentures soyeuses et chatoyantes. A Bodhnath, même atmosphère, encore plus intense puisque c'est le plus grand sanctuaire boudhiste du Népal. Le stupa y est monumental, composé de 5 terrasses sur lesquelles on peut grimper et entouré de nombreux monastères tibétains et de maisons. Beaucoup de réfugiés tibétains vivent ici et en fin de journée, sous le regard bleu de Boudha qui domine le monde, on voit tourner autour du temple un flot ininterrompu de fidèles faisant tourner les moulins à prières. C'est très beau et émouvant. Beaucoup de vieilles personnes. De femmes en habits traditionnels, d'hommes, aux visages burinés avec de longues barbes et moustaches blanches. Tout autour du stupa des communautés de moines, rasés et en robe rouge, vivent dans des monastères et les lieux dégagent une ambiance très particulière.
Puis, nous quittons Katmandou pour la vallée, toujours impatients de découvrir les montagnes Himalayennes...

   
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