# L'AVENTURE TRANSMONGOLIENNE: DE BEIJING A MOCKBA |
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Mercredi 9 juin. Il est 5h30, quand le téléphone sonne dans notre chambre pour nous réveiller. Oh la la, il est bien tôt, mais il fait grand jour et le soleil brille déjà. Aujourd'hui, on annonce 36° à Beijing. Notre train doit quitter la gare à 7h40. Un long trajet de 6 jours nous attend pour rejoindre Moscou et nous sommes tout excités! A la gare, nous retrouvons Yumi une jeune japonaise et Tim un jeune anglais, qui vont voyager dans le compartiment à côté du notre. Nous y avons aussi notre 5eme couchette de réservée. En voyant notre train, long et vert bouteille, un peu rétro, fidèle à l'image des "grands" trains mythiques et flanqué de l'enseigne "Moskva", nous sommes tout "émus". Beaucoup de monde à partager ce train, la plupart étrangers, mais des chinois aussi. Tous ne vont pas jusqu'à Moscou, certains s'arrêtent à Ulan Bator, d'autres à Irkutsk. Pour nous, ce sont 7600 kms de voyage ferroviaire qui s'annoncent. |
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Rapidement nous prenons possession de notre compartiment, un peu étroit, comme tous les compartiments de train 2nde classe, mais avec 4 couchettes assez larges (on a eu pire), une petite table, et pas mal de rangements pour y mettre tous nos bagages et nos provisions. A chaque extrémité du wagon: un toilette et un lavabo. Il y a 9 compartiments dans le wagon, le notre est plein, on sera donc 36 à les utiliser! Pas de salle d'eau, encore moins de douche... Et ça pendant 1 semaine... A la dure, le transmongolien! Ici on ne se lave pas, on voyage! Il y a aussi un réservoir d'eau chaude, le fameux samovar, pour se faire du thé, du café ou des nouilles, chinoises et instantanées bien sûr. Qui n'a pas prévu ses nouilles? Pas nous! On en a tout un stock même... Le temps de s'installer et très vite le train démarre. Nous avons de la chance, nous longeons la Grande Muraille sur quelques kilomètres, cette fois la partie la mieux restaurée. On la suit un petit moment, courant sur les pentes escarpées des montagnes de Badaling, imposante et fière sous le soleil. Ainsi nous l'aurons vue ici aussi, superbe et effectivement comme "neuve"! |
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Rapidement, les premiers paysages sauvages défilent sous nos yeux. On est vite loin des villes et des cités grises que l'on pensait devoir longer pendant des heures. Après "nos" dernières rizières asiatiques, nous suivons déjà de vastes espaces secs et arides, des montagnes pelées, des lits de rivières asséchées formant de larges serpents de sable. Les villages isolés sont assoupis, complètement écrasés de soleil et de chaleur. Les toits, les cheminées et les murs des maisons en pisé ocre, se confondent avec la terre du sol et les montagnes brunes. Pas âme qui vive, seule la présence d'ânes ou de vaches trottant sur les rues en terre témoignent de l'existence des hommes. Il fait si chaud. Dans notre wagon toutes les fenêtres "ouvrables" sont ouvertes et tous les ventilateurs des compartiments tournent. Beaucoup de gens somnolent sur leurs couchettes. "Chez nous", Jeanne et JP se sont endormis un moment. Puis le paysage change, les grandes steppes orientales s'annoncent avec leurs peupliers et leur immensité désertique faite de poussière et de roches. Nous ne savons pas trop oú nous sommes, sans doute en Mongolie Intérieure. Les paysages sont magnifiques, désormais plus verts, immenses pâturages, troupeaux de moutons et de chèvres, quelques rivières. Pas de ville et après Hong-Kong et Pékin, c'est pour nos yeux un véritable plaisir que de contempler toute cette nature. Le midi, nous allons tester le wagon-restaurant chinois. On nous offre le repas du midi et du soir. Pour Emma, ce wagon ressemble un peu à une cantine. Certes, il n'a aucun charme, les plats sont presque froids mais le poulet aux poivrons et les choux blancs émincés, sont malgré tout convenables! |
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Nous achevons cette première journée en arrivant à la frontière sino-mongolienne. Changement de décor, il fait presque nuit, et l'environnement est super glauque. Le long des rails, les derniers taudis chinois se succèdent, masures de briques collées les unes aux autres. Promiscuité, misère et insalubrité. Dehors, les gens regardent passer le train, des hommes accroupis fument leur cigarette. Dernière image d'une Chine terriblement démunie... Nous sommes arrivés à Erlian. Le train entre en gare mais nous n'avons pas l'autorisation de descendre car nous devons passer les formalités d'immigration. C'est ici aussi que les roues du train doivent être changées. Et oui, l'écartement des rails n'est pas le même en Chine et le train est donc conduit sous un immense hangar. On nous surélève et bien entendu on ne peut toujours pas sortir... Il fait une chaleur absolument insupportable, l'électricité a été coupée le temps de la manoeuvre, les ventilateurs ne fonctionnent donc plus et il nous est interdit d'aller aux toilettes ou de se laver les mains à chaque fois que le train est à l'arrêt. On suffoque. Pas d'air. Les filles se fabriquent des éventails de papier. On bouge le moins possible. La douane est passée, l'immigration aussi, restent les roues à changer. Cela prendra quand même près de 2h00... Et puis le ventilateur se remet en route, on respire! |
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Enfin on est autorisé à descendre quelques minutes. Que cela fait du bien de se dégourdir les jambes. Sur les quais envahis par la nuit, on achète aux vendeurs ambulants de l'eau fraiche et des fruits. Mais il faut vite remonter, le train doit repartir... En fait, on attend encore un long moment. On ne sait pas quoi. On aimerait tellement aller se laver les mains, se rafraichir un peu avant de se coucher... Toujours pas possible, on patiente un peu, mais le sommeil a raison de nous et on s'endort tout sales. Le train repart sans qu'on s'en rende compte. Soudain, alors que tout le monde dort bien profondément, la porte du compartiment s'ouvre avec fracas et on reçoit la lumière aveuglante et violente du néon en plein dans les yeux! Il est près de 2h00 du matin. On nous intime en anglais l'ordre de nous lever et de présenter nos passeports. On passe l'émigration mongole. Waou, quel réveil! Engourdis de sommeil, on renfile jean, tee-shirt tandis que les enfants dorment à poings fermés. On présente nos papiers, pas un bonsoir, pas un merci, pas un sourire... Vite on se rendort. Demain sera un autre jour... Nous sommes désormais en Mongolie.
Jeudi 10 juin. Il est 4h30, j'ouvre un oeil et à travers la vitre du compartiment, le crépuscule diffuse sa lumière bleue sur le désert de Gobi. Mais je me rendors, il est encore trop tôt! Vers 6h00, le soleil se lève, quelle merveille! Je contemple une nouvelle fois l'infinie étendue de sable. Rose, maintenant, dans la lumière du jour naissant. Le désert de Gobi! Quel nom fabuleux! Ce qui n'était qu'un nom de rêve, un lieu imaginé, fantasmé, se déroule là, à l'infini, sous nos yeux encore ensommeillés. Une immense mer de sable ... Moment magique qu'on voudrait prolonger. Pouvoir s'arrêter et contempler sans limite ce désert. Le sommeil est le plus fort,on se rendort, le rêve sera doux. |
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A 8h00, je retrouve JP dans le couloir. Lui aussi a vu le désert de Gobi. Il a les yeux rivés sur la fenêtre du couloir depuis 1h00. Maintenant, ce sont les premiers troupeaux de chevaux sauvages et de dromadaires que nous découvrons. Ils ont pour eux l'espace infini des grandes steppes mongoles qui s'étendent devant nous. Fabuleuse Mongolie! Les paysages sont hallucinants de grandeur, d'une incomparable beauté. On entend le silence. Les yeux fixés sur la steppe, nous ne décollerons pratiquement pas nos regards de toute la journée, de ces paysages encore si sauvages. On aperçoit aussi les premiers gers, ces tentes rondes et blanches qui servent d'habitats aux nomades mongols. Certaines de leurs portes d'entrée sont peintes de couleurs vives. Elles sont les uniques taches de couleurs dans cet univers d'herbe rase, à peine teinté de vert. Nous avons un véritable coup de foudre pour la Mongolie. Et nous regrettons déjà de ne pas nous y arrêter comme nous l'avions prévu. Mais le temps presse. Ce fichu temps qui ici n'a sûrement pas la même valeur. Les paysages sont grandioses, on se perd loin, très loin à l'horizon. Et partout des troupeaux de chevaux ou de dromadaires. Les enfants sont tout aussi excités que nous. On s'arrête quelques minutes dans une toute petite gare du bout du monde: Choyr. Il fait déjà super chaud et sur le quai, des vendeurs proposent du lait de yaks ou du thé salé dans des bouteilles de plastique. La gare est minuscule entourée de maisons de bois, les rues ne sont pas goudronnées. On se sent vraiment au bout du monde, loin, si loin... |
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On repart et toute la journée nous ne nous lasserons pas un instant de tous ces incroyables paysages, de cette nature majestueuse. On voit des biches s'enfuir en courant, des yaks aux longs poils, des poulains courir derrière les juments, de grands oiseaux. Et puis ces cavaliers qui se profilent, montés sans selle sur la croupe de leurs chevaux. Exactement comme dans notre imaginaire. Parfois aussi des carcasses d'animaux, squelettes de vaches intacts jonchant le sol. Nous sommes vraiment fascinés. A nouveau tellement "dépaysés". Bon sang, qu'on aimerait descendre du train! Les gers sont partout, disséminés, solitaires ou par groupe de deux ou trois, perdus dans l'immensité. Nous longeons aussi de très beaux villages de maisons de bois peintes avec des couleurs gaies. Certains gers sont installés dans l'enceinte de ces maisons, toutes closes de barrières de planches.
En arrivant à Ulan Bataar, on voit se profiler une ville post soviétique, avec des immeubles de béton gris, tristes et sans aucune fantaisie. Vite construits et pas chers. La ville est petite, peu étendue, on en sort vite. Là aussi, des gers sont installés entre les baraquements un peu miséreux et poussiéreux des maisons qui encerclent le centre ville. On descend sur le quai, des voyageurs nous quittent d'autres prennent leur place. |
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Dans le train, la vie des voyageurs au long cours s'organise. Le matin, les plus matinaux (que nous sommes) peuvent profiter rapidement des toilettes encore à peu près propres et sans faire la queue. L'espace est vraiment réduit et les odeurs désagréables emplissent le wagon quand le train est à l'arrêt. Nos voisins chinois ont fait provision de denrées exalant des senteurs de poissons séchés, de fumets forts, de fruits pourris... La chaleur n'arrange pas les choses, et c'est à certains moments assez insupportables... Aux heures des repas ça sent la soupe de nouilles partout dans le wagon! |
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